vendredi 3 juillet 2009
De quoi Europe Ecologie est il le nom ?
En cette période de réflexion intense sur l'avenir du Rassemblent Europe Ecologie, je me permets d'apporter ma contribution pour les débats à venir.
Il y a un presque un an déjà, on annonçait lors de Journées d'Eté des Verts à Toulouse le lancement de la campagne des Européennes, sur des bases enthousiasmantes : Bové, Cohn-Bendit, Alfonsi, les Verts et le soutien de Nicolas Hulot. A l'époque, Dany Cohn Bendit revendiquait pour cette campagne un nom qui était loin de faire consensus ... Europe Ecologie
C'est un nom utilisé par les écologistes bien avant la création des Verts, puisque Solange Fernex fut la première à conduire une liste Europe-Ecologie en 1979. Nom du "domaine public" des Verts, il avait l'avantage de dire peu de choses mais de les dire bien et de manière concise.
Au final, c'est sur ce nom que la communication de campagne s'est appuyée, plutôt que sur un "Rassemblement des Ecologistes" qui disait autre chose, à un autre niveau. Et au final on doit reconnaître que c'était un bon choix, pour une campagne s'appuyant stratégiquement sur l'Europe et les enjeux écologistes, la question du "Rassemblement" n'étant que secondaire et sur des enjeux boutiquiers.
La date de l'élection est maintenant passée. Que faire de ce nom, Europe Ecologie, devenu, non pas encombrant, mais moins chargé de signification ?
On peut constater qu'il fait sens pour les militants chevronnés ayant suivi la campagne de l'intérieur. Mais le commentaire journalistique identifie correctement que, si Europe Ecologie était le nom d'une campagne électorale les vainqueurs de l'élection ce sont les Verts et Dany Cohn Bendit.
Il semblerait que le nom Europe Ecologie aie vocation dans le futur à être utilisé principalement par le groupe des représentants de la France au Parlement Européen issus des listes Europe Ecologie. C'est sans doute une sage décision puisque seul ce groupe peut se prévaloir d'hériter légitimement de la campagne Europe Ecologie. Cela ne règle pas les questions des usages partidaires et électoraux qui peuvent être fait de ce nom.
Pour la dimension partidaire on évoque périodiquement l'avenir du Rassemblement comme "moins qu'un parti mais plus qu'un réseau". Gaby Cohn Bendit a lancé récemment son asso d' "Amis d'Europe Ecologie" dans cette optique, reprenant ce nom d'Europe Ecologie de manière explicitement transitoire;
Pour la dimension électorale cela se manifeste soit par la possibilité du soutien explicite d'Europe Ecologie sur les documents de campagne, soit par la déclinaison en campagnes "Région Ecologie" qui se dessine actuellement un peu partout.
Mais vous avez peut être remarqué qu'il était un peu bizarre d'appeler "Europe Ecologie" une campagne qui, en réalité, était déterminée par des enjeux électoraux français. Dany Cohn Bendit avait bien identifié que le renforcement du groupe Verts au PE passait par la réussite de la campagne française, mais contrairement à 2004 la campagne n'avait pas de dimension "campagne commune dans tous les pays européens" à part via le Manifesto; et la dynamique de Rassemblement des Ecologistes était cantonnée au champ politique français, sans équivalent ailleurs.
Il serait encore plus bizarre de continuer à nommer "Europe Ecologie" une stratégie d'organisation du champ de l'écologie politique français. On peut même noter que le "Rassemblement" est un terme guère plus pérenne, car il désigne un moment donné. Le moment passé, soit le Rassemblement a eu lieu, et il n'est donc plus un Rassemblement mais une entité en soi, soit il n'a pas eu lieu et il faut recommencer un Nouveau Rassemblement (comme d'ailleurs les Verts l'ont déjà fait à maintes et maintes reprises dans le passé)
La question de savoir qui aura, dans le futur, le droit d'imposer "avec le soutien d'Europe Ecologie" est plus stratégique. On peut se demander s'il est dans les compétences d'un groupe d'élu de décider de soutenir ou non une démarche électorale; ce n'est guère évident. Par ailleurs, le soutien d'Europe Ecologie sans la production de signes visibles de soutien par Dany Cohn Bendit, Eva Joly ou José Bové ce n'est pas grand-chose. Inversement je suis a peu près persuadé que José Bové, Eva Joly ou Dany Cohn Bendit soutiendront ou ne soutiendront pas des listes selon leur bon vouloir, sans qu'aucune structure partidaire ou pseudo-partidaire soit en mesure de leur imposer quoi que ce soit.
Les déclinaisons "Territoire"-Ecologie sont déjà bien parties ici ou là sans qu'il soit évident que ses noms correspondent à des noms de campagne ou des noms de nouvelles organisations. La difficulté, avec une appellation qui est quasiment du domaine public de l'écologie, c'est que chacun peut à son gré s'en réclamer sans qu'on puisse exercer un contrôle légitime sur ces appellations (voir http://www.europeecologie.fr/reseau/les-billets/rififi-en-bretagne )
En fait, c'est assez peu important. On peut utiliser ces déclinaisons "Territoire"-Ecologie pour signifier une chose, qui est la politique d'ouverture des Verts. Ou on peut ne pas l'utiliser et utiliser autre chose à la place, ce n'est guère déterminant. Ce qui va compter, au final c'est que Dany Cohn Bendit se déplace ou non pour attester de la filiation d'avec la campagne des européennes.
Car si Europe Ecologie a pu signifier une chose, c'est que les Verts auront su se ressourcer, s'ouvrir et se réinventer le temps d'une campagne. Et c'est sans doute ce qu'on peut retenir de plus fort pour l'avenir. Faire une campagne, ce n'est pas juste faire la nième campagne d'un parti (qui est là pour faire systématiquement les campagnes électorales qui se présentent les unes après les autres), mais bien proposer quelque chose de neuf, de différent, quelque chose où les citoyens qui ne sont pas adhérents d'un parti politique peuvent trouver leur place, que cela soit comme simple militants ou comme élus potentiels. On peut imaginer un rôle récurrent des partis comme soutiens, principaux organisateurs et colonnes vertébrales des campagnes en se donnant comme objectifs de faire de chaque campagne quelque chose de différent, de neuf et d'original.
C'est pour cela qu'il me semble périlleux de trop se focaliser sur Europe Ecologie (ou Territoires-Ecologie), de trop se focaliser sur le Rassemblement. Pour le futur, on a besoin des Verts, comme axe structurant. On a besoin de Dany Cohn Bendit pour maintenir la filiation d'avec une campagne réussie. On a besoin d'axes politiques surprenants et originaux pour distinguer la nouvelle campagne des campagnes précédentes (et dans ce cas dire "on fait comme la campagne des européennes" n'est pas vraiment satisfaisant). On a besoin d'outils techniques et organisationnels pour intégrer rapidement des non adhérents.
On n'a par contre guère besoin de nouveaux partis ni de nouvelles structures trop rigides. A vouloir jouer avec le partidaire, a vouloir exercer un rapport de force électoral, le projet des "Amis d'Europe Ecologie" tel que décrit par Gaby Cohn Bendit se condamne de lui-même à l'échec. A la formule "plus qu'un réseau et moins qu'un parti" je pense qu'on pourrait substituer une formule disant que les Verts ont besoin de "plus qu'un outil mais moins qu'un réseau indépendant" prenant la suite du "Rassemblement Europe Ecologie" pour se développer et défendre les couleurs de l'écologie politique en France.
Mais les Verts ont surtout besoin de savoir analyser et réinventer les choses plutôt que d'être dans l'imitation stérile de ce qui a pu marcher à un moment donné. Il est à craindre que mal, utilisé, Europe Ecologie finisse par être le nom d'une impasse politique plutôt que celui d'une capacité d'évaluation politique des succès et de créativité.
Julien
Ce billet, écrit à 16:39 par Djulian dans la catégorie Politique a suscité :









